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Dans l’Évangile de Matthieu, Jésus prononce une phrase qui revient souvent lorsqu’il est question des derniers temps : « Ce qui arriva du temps de Noé arrivera de même à l’avènement du Fils de l’homme. » (Matthieu 24:37)
La plupart du temps, lorsque ce passage est évoqué, on insiste sur la corruption et la violence qui caractérisaient l’époque précédant le déluge. La Bible décrit effectivement une humanité profondément éloignée de Dieu, où la méchanceté s’était largement répandue. Mais il existe un autre aspect de cette histoire que l’on mentionne beaucoup moins souvent.
Au temps de Noé, le problème n’était pas seulement la méchanceté des hommes. C’était aussi leur incapacité à croire que les avertissements pouvaient réellement se réaliser.
Pendant cent vingt ans, Noé construisit une arche. Cent vingt années durant lesquelles il travailla, persévéra et avertit ceux qui l’entouraient. Pendant tout ce temps, les gens purent voir ce qui se passait. Ils purent observer cet homme bâtir un immense navire alors même qu’aucun déluge n’avait encore jamais été vu. Pourtant, la grande majorité continua simplement à vivre comme si rien ne devait changer. La vie suivait son cours. On travaillait, on construisait, on se mariait, on poursuivait ses projets, convaincu que le monde continuerait comme il l’avait toujours fait.
Jusqu’au jour où la pluie commença à tomber.
Une chose est particulièrement frappante dans ce récit biblique. Dieu aurait pu sauver Noé d’une manière entièrement surnaturelle. Il aurait pu le protéger miraculeusement, le transporter ailleurs ou faire disparaître le danger. Mais ce n’est pas ce qu’il a fait. Au contraire, Dieu demanda à Noé de construire une arche. Un travail immense, qui demanda des années d’efforts, de persévérance et de foi.
La foi de Noé ne s’est pas limitée à croire que Dieu agirait un jour. Elle s’est exprimée dans une action concrète. Jour après jour, planche après planche, il construisit l’arche qui deviendrait plus tard le refuge de sa famille.
Ce principe traverse de nombreux récits bibliques. La confiance en Dieu ne signifie pas rester passif. Elle appelle souvent à une responsabilité personnelle, à une participation active dans ce que Dieu demande.
Joseph, par exemple, ne s’est pas contenté de croire que Dieu pourvoirait durant les années de famine. Il a organisé des réserves pendant les années d’abondance. Les vierges sages de la parabole ont préparé leur huile. À plusieurs reprises, les Écritures montrent que la foi et la préparation vont souvent de pair.
Aujourd’hui, nous lisons l’histoire de Noé avec le recul du temps. Il nous paraît évident que ceux qui ont ignoré l’avertissement ont commis une grave erreur. Pourtant, il est intéressant de se demander si la mentalité de cette époque est réellement si différente de la nôtre.
Nous vivons dans un monde qui nous a habitués à la stabilité et au confort. Beaucoup pensent que les grandes crises appartiennent au passé ou qu’elles seront toujours évitées d’une manière ou d’une autre. On suppose que les choses continueront globalement comme elles l’ont toujours fait.
Cette manière de penser ressemble étrangement à celle qui existait avant le déluge.
Depuis longtemps pourtant, des appels à revenir à une vie plus simple, plus vigilante et plus proche de Dieu ont été adressés aux croyants. Parmi ces appels, les écrits d’Ellen White ont souvent encouragé les chrétiens à se préparer spirituellement et à réfléchir à la manière dont ils vivent.
Il est frappant de constater qu’elle nous a quittés il y a maintenant près de cent vingt ans. Une durée qui rappelle curieusement celle pendant laquelle Noé construisit l’arche.
La question qui se pose alors n’est peut-être pas de savoir ce qui va arriver dans l’avenir. La question est plutôt de se demander ce que nous avons fait des avertissements et des conseils qui nous ont été donnés.
Se préparer ne signifie pas céder à la peur ou vivre dans l’inquiétude permanente. La Bible n’encourage pas la panique face à l’avenir. Mais elle ne nous invite pas non plus à rester les bras croisés en espérant simplement que tout ira bien.
La foi appelle aussi à la sagesse et à l’action.
Construire des fondations solides pour sa famille, réfléchir à la manière dont nous vivons, cultiver une foi réelle et préparer ce qui peut l’être font aussi partie de cette responsabilité.
L’histoire de Noé nous rappelle que la véritable question n’est pas seulement de savoir si des avertissements existent. Elle est de savoir comment nous y répondons.
Comme au temps de Noé, beaucoup continueront simplement leur vie comme si rien ne devait changer.
Mais certains choisiront peut-être de construire, discrètement et patiemment, les fondations nécessaires pour traverser les temps à venir.
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